Maryv Tificha
Inscrit le : 22 Fév 2007 Messages : 16 Localisation : Rennes
 | Sujet: Lorelei d'Allemagne Ven 2 Mar - 20:00 | |
| Lorelei d'Allemagne "L’utopie est un rêve inachevé."
Du côté de Traben-Trarbach Sous la voussure céleste Nuitamment une fente de lumière Couleur de vin de Moselle Coule comme un long cierge Traverse la Sponheim strass D’ondines élusives et fractales Plissées de romantisme pictural. Et là derrière la meurtrière A l’abrupt d’une venelle pavée Une chasuble bariolée s’affaire S’escrimant couche après couche En aplats et pointillés de pigments D’esquisser un mouvement de vie…
Lorelei est une jeune femme Au minois de courtisane Seule au milieu des ténèbres Rongée par l’art de devenir Tiraillée entre pastels et saturations Coursant la bonne définition Rageant contre l’homme pressé A la veste tissée de brouillard Occupé par sa montre Occupant les trottoirs « Paris-Berlin-Londres-New York » Ne déchiffrant que les bilans et les stats Entre deux sommeils et deux réunions…
Lorelei voudrait les stopper Dans leur course effrénée Leur crier « écoutez-moi, écoutez-vous ! » Mais à quoi bon… Ils sont déjà si loin Préoccupés, bien sûr, « Excusez-moi, je n’ai pas le temps » Et tout encartés de publicités Ils devisent d’objectifs, de résultats. Et Lorelei se tient le ventre.
Mais pour l’heure Lorelei est nue sous sa blouse Le pubis froid et roux Comme un feu d’hiver Aux pinceaux de sa vie Elle tire des traits sur lui Sur eux et tous les autres Inexorablement… Elle va avec ses amis Sur les toits en terrasse Surplombe le vide existentiel S’enveloppe de rêves humanistes Aux fumées acres et bleues Décrochent de ses mains Devenues longues et inaccessibles Les astres éteints et anonymes Les réchauffe et les jette à la volée En un feu d’étoiles filantes. La polizei patrouille…
La Moselle ensuifée de nuit s’immobilise Serpentin noueux au miroir sans tain Drainé de vignobles bordant l’Hunsrück Habillée de l’élégance de l’art nouveau Elle jette des passerelles divinatoires. Et j’entends Goethe respirer à cheval Trottant au rythme du Roi des Aulnes Vers une autre terre, un autre versant, Plus loin…vers l’Eifel.
Lorelei dans la grande pièce Ombrée de lumière blanche Isole ses lèvres sèches Ses pinceaux secs Ses yeux secs A la modernité psychédélique De l’éclair métallique. Lorelei s’assèche… Elle met du rouge à lèvres Une paire de bas Et signe sur sa blouse « Je t’attends » !
Ondes courtes Rock’n roll et jazz Temptations- Papa was a Rolling Stone Lorelei se déhanche Secoue sa tête, ébouriffée Défile comme un mannequin Les seins fiers, dans la pièce, Où résonne un vide névrotique, Un silence abyssal… Juste le bruit de ses pas Pas d’applaudissements ! Pas de chikayas… rien Rien qu’une immense solitude.
Et le corps de Lorelei est plat Sans avenir, sans douceur Aux angles morts d’amour Et son sexe coquelicot se vide De sentiments aliénés D’un temps pas encore né. Ses mains de pianiste Désaccordées jouent du baroque En première de couverture Dans le lit humidement flasque Des idées noires lustrées de rouge. Elle serre une poignée de pinceaux Cheveux de martre Enfant mort-né éclaté sur la toile Des griffes incarnates saisissantes Visage inapaisé, tentations avortées…
Et Lorelei court après le sens de sa vie C’est de quel côté dites-moi s’il vous plait D’aucuns la prennent pour une folle Originale, écervelée ou marginale. Traben-Trarbach s’endort La meurtrière s’est tue Le hibou guette l’invisible Et le corps de la jeune femme gît Etendu au milieu d’un soleil jaune japonais Tracé à même le sol Comme un interminable Point d’interrogation !
La nuit s’étire… Dieu prend un pinceau Et en bordure de cercle inscrit : « il viendra » Et il rajoute : « patience SVP » Et la nuit s’enroule autour de ses mains Comme un parchemin.
Maryv Tificha |
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Maryv Tificha
Inscrit le : 22 Fév 2007 Messages : 16 Localisation : Rennes
 | Sujet: Re: Lorelei d'Allemagne Sam 29 Déc - 17:46 | |
| Bonsoir, Lorelei revient, à petits pas, à l'aube de 2008, vous souhaiter à vous poètes, éternels transhumant, une année féconde et créatrice. Bien cordialement Maryv |
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